"Jeunes gens qui souffrez du mal des départs, vous que tourmente l'horizon, n'ésitez pas une seconde, partez sans bagages, partez sans argent, partez n'importe où, partez sans dire adieu, partez sans vous retourner. Pour autant que vous sachiez vos pliez aux multiples caprices de ses lois, vous ne serez pas long à reconnaitre que l'instinct est une boussole enchantée; faites-lui confiance, elle vous conduira jusqu'au bout de votre attente. Aussi rompez les amarres, rompez les liens. Gardez vos yeux d'enfants là où vous retiendra le hasard et si s'étonner est chez vous aussi naturel que boire et manger, vous verrez que le monde est un spectacle grandiose et permanent et votre curiosité ne sera jamais rassasiée. Quels que soient vos chemins, vous irez de surprise en surprise. Pour qui sait le chercher, le fabuleux est partout; vous le rencontrez derrière les grilles d'un parc comme sur un terrain vague ou dans la foule goguenarde du samedi. Mêlez vous aux gens, mêlez vous aux peuples, mêlez vous aux races de cette planète si tel est votre penchant. Réjouissez-vous de la diversité des lieux et des moeurs car l'habitude est la mort la plus atroce que je connaisse. Ne vous fixez nulle part avant d'avoir étanché votre soif. N'ayez pas honte de vous salir les doigts lorsque la nécessité l'exigera. Apprenez 10, 20 métiers - il y'en a de fort cocasses et d'autres encore à inventer - apprenez les langues. Faites de belles traversées, faites du commerce, ne freinez jamais l'élan de votre enthousiasme. Quand vous serez découragés, quand vous penserez que ce voyage ici-bas n'a aucun sens, comtemplez longuement les étoiles. Sinon, amusez-vous, plaisantez, ne vous croyez pas un surhomme. Soyez indulgents et pardonnez d'avance les coups bas qui vous seront portés. Si la fortune vous sourit (comme il arrive quelque fois), dilapidez-la sur place, en joyeuse compagnie, j'éspère, car l'argent est maudit. Aimez la foudre, aimez l'éclair, aimer l'aurore sur la mer, les lampes dans la nuit noire, aimez toutes les femmes qui feront escale dans votre coeur. Et quand vous serez parvenus au terme du voyage, quand, les yeux fermés, vous reconnaitrez n'importe quel pays rien qu'à son odeur, vous saurez que la solitude de l'homme est infinie mais que seul un homme désespéré qui a couru le monde et l'a aimé est capable de l'aimer encore davantage".